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Chronique au coeur et autour d'une île africaine, musulmane et française. Si, si, elle existe, et elle se mérite. Direction l'Océan Indien.

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Cap sur Mohéli

J’entends les voix qui disent : " Mais qu’est-ce qui vous a pris d’aller à Anjouan ? ". Effectivement, ce n’est ni pour ses plages, ni pour son soleil, on a le même à Mayotte. Non, je voulais connaître notre voisine Anjouan qui se dépeuple au profit de Mayotte, mais j’avais surtout vraiment envie d’aller à Mohéli. En fonction des échos de ceux qui s’y sont rendus, grâce aussi à l’enthousiasme d’Alain Mermet à l’occasion d’une excellente série d’émissions radiophoniques de " là-bas si j’y suis " consacrées à Mayotte, Anjouan et Mohéli.

Faute de places disponibles pour Mohéli, nous avons fait le pari de nous en rapprocher, à Anjouan, dont la montagne vaut le détour.

Zakari, autoproclamé guide anjouanais, nous a pistés à la sortie de l’hôtel et nous a proposé ses services. Marché conclu. Après les formalités de visas, nous confirmons notre vol retour chez Comores Aviation. J’en profite pour rechercher des places d’avion pour Mohéli. En effet, chaque île des Comores dispose d’un quota qu’elle gère à sa guise. Nous trouvons quatre places Mohéli-Anjouan sur le même vol qui doit nous ramener d’Anjouan à Mayotte. Super… à condition de pouvoir atteindre le sol mohélien, obligatoirement par mer.

Zakari nous emmène sous la pluie à la citadelle historique qui domine Moutsamoudou. La médina et son marché attire notre regard qui s’attarde également sur le port. J’interroge notre guide sur les liaisons maritimes avec Mohéli. Zakari nous parle du Chissiwani dont par le plus grand des hasards, nous croisons le capitaine près de la médina. Celui-ci nous confirme un départ pour le lendemain matin. Malgré l’impossibilité de réserver nos places puisqu’il suffit de se présenter à l’entrée du port en début de matinée, nous décidons de courir chez Comores Aviation pour acheter nos billets Mohéli-Anjouan. Il n’est pas question de croupir une semaine entière ici.

Nous quittons l’Al Quitoir sans aucun regret, mais aussi sans assurance. Zakari devait nous rejoindre à l’hôtel et nous accompagner au port. Le mauvais pressentiment de Cathy va s’avérer exact. Il n’y a pas plus de Zakari à l’hôtel que de départ pour Mohéli ce vendredi matin. Je prends définitivement congé de Zakari que je remercie pour le tour de l’île de la veille. (cf. " Pourtant, que la montagne est belle ").

Je me rends à l’agence de voyages maritimes. Le Chissiwani ne prendra pas la mer avant plusieurs jours mais une autre traversée est annoncée pour demain matin, samedi, avec le Haute Mer, toujours sans réservation possible.

Le front bas, nous essayons l’hôtel la Paillote, vanté par notre ancien guide. Visiblement, nos critères qualitatifs diffèrent. D’ailleurs la seule possibilité proposée consiste à accueillir Pierre dans notre lit conjugal. La queue basse, nous traînons à pieds nos valises jusqu’à l’Al Quitoir à l’autre bout de la rue défoncée. Jusqu’à quand ?

Notre deuxième départ ce samedi matin angoisse Cathy, toujours confrontée à la hantise de se retrouver coincée à Anjouan jusqu’à mercredi. Un come back à L’Al Quitoir sonnerait le glas de nos vacances. Avant de débarrasser le plancher, je me lève de bon matin pour vérifier au port la confirmation du départ de Haute Mer. Je prends nos billets à 7 h 30. Avec Pierre, nous serons légèrement en surnombre, 26 au lieu de 25.

Pendant notre attente avant l’embarquement, Cathy essaie de confirmer par un hypothétique mail notre arrivée à Mohéli auprès de notre contact sur place : nous avions réservé depuis Mayotte des bungalows à Nioumachouoi sans pouvoir préciser une date d’arrivée.

Heureusement, depuis la veille, les conditions météorologiques se sont mises au beau et le vent continu a cessé se souffler. Une lourde cargaison de denrées vitales envahit le pont avec un empilement de bouteilles d’eau minérale et de caisses de Coca. Une fois nos bagages chargés à fond de cale, nous nous installons, inconfortablement. C’est le prix à payer pour mériter Mohéli. L’attente se prolonge, et Haute Mer continue d’accueillir ses candidats au vomissement. Trente-neuf personnes avec l’équipage. Haute Mer s'est transformé en kwasa-kwasa*. Les dix Mzoungous qui nous ont emboîté le pas vers Mohéli ne font rien pour nous rassurer. La petite dame dans le coin s’est mise à suer à grosses gouttes et cache – bien mal - son angoisse derrière un large bob.

Inch Allah. Pourvu que le temps reste au beau encore pendant quatre heures. Haute Mer longe les côtes anjouanaises, la mer se creuse et déjà des passagers offrent aux poissons les premiers vomis dans des sacs poubelles bleus. Le paquet de cent sacs va presque y passer. Comme le Petit Poucet, Haute Mer trace sa route vers Mohéli avec des petits sachets bleus. Grâce aux cachets de Nautamine, la prévoyante Cathy nous a peut-être épargnés de contribuer au petit jeu des sacs bleus. Face à nous, le bébé qui tout à l’heure tétait sa mère libère à présent son estomac sur ses vêtements. Bonne copine, Cathy est à deux doigts de le suivre.

De joyeux dauphins se mêlent à notre épopée, de quoi oublier quelques instants les petites paquets de nos compagnons d’infortune…

Les montagnes d’Anjouan disparaissent sous la brume tandis que Mohéli dessine les contours écrasés de sa fine silhouette. La mer se creuse un peu plus. La durée estimée du voyage passe à cinq heures, mais nous constatons avec un plaisir étonné que la VHF fonctionne.

Des vagues un peu plus hardies commencent à lécher le pont et se balancent entre nos pieds avant de disparaître. J’essaie de dénombrer les gilets de sauvetage calés au-dessus de nos têtes et je vérifie dans ma poche la présence du couteau qui pourrait m’aider à couper le fil de nylon qui retient les gilets. Je repense au radeau de survie. Combien de rescapés pourrait-il accueillir? Tout à coup, le mécanicien qui s’est engouffré dans la compartiment moteur converse avec le capitaine visiblement contrarié. A chaque vague, il donne de francs coups de barre à droite, à gauche, à droite. Il descend lui-même inspecter le fond de cale. Inquiets, nous finissons par comprendre qu’un rat s’intéresse à la mécanique. Le capitaine, qui tient à l’intégrité de ses fils électriques, n’a pas réussi à le déloger. Haute Mer reprend son cap.

A quelques encablures de la digue du port, une épave nous salue. Elle a coulé en milieu de semaine, quand le vent soufflait si fort, léguant aux fonds marins mohéliens sa trop grosse cargaison de sacs de ciment.

Mohéli, tant convoitée, s’offre à nous. Immédiatement, le charme opère. Mais il faut se dépêcher. Aucun taxi ne nous attend. Un petit malin nous propose son 4x4 à un prix spécial touriste américain. Nous déclinons l’offre. Nous croisons le dernier taxi-brousse de la journée vers Nioumachouoi, complet bien sûr.

Nous finissons par trouver le sauveur qui accepte de nous amener au paradis. Nous prenons d’ailleurs rendez-vous avec lui pour le retour, non sans lui demander un service : l’agence de Comores Aviation est fermée, il va confirmer notre vol Mohéli-Anjouan et réserver pour la veille du départ deux chambres auprès d’Akmal, à la fois hôtelier et chef d’escale de Comores Aviation. Là encore, Cathy a vu juste…

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