Chronique au coeur et autour d'une île africaine, musulmane et française. Si, si, elle existe, et elle se mérite. Direction l'Océan Indien.
Texte que Fabrice m'a envoyé juste avant que notre Cécile nous rejoigne à Mayotte pendant les vacances de Noël.
Alors, tous ensemble, ils gravirent les pentes du Dieu Choungui, la montagne sacrée, pour l’honorer.
Arrivés au sommet, ils s’approchèrent du Naos qui surplombe la forêt. Car c’est ici que réside l’âme de la " Terre Rouge ".
Leurs regards embrassèrent l’horizon, là où les bleus de la mer et du ciel ne font qu’un.
Tout en bas, la tanière des hommes était à sa juste place.
Puis, le chef alluma un feu et dénoua son collier, auquel était suspendue une petite calebasse.
Le matin même, il l’avait remplie d’eau de mer et là, à genou près du feu, il prit une poignée de terre rouge qu’il fît glisser dans le récipient. Il sortit de sa poche un petit piment rouge vif, fendit sa chair avec la lame de son couteau et l’ajouta au reste de la mixture (il était toujours étonné qu’un si petit fruit puisse renfermer la fureur du volcan !).
Tout en remuant doucement la calebasse, il psalmodiait une prière. Sa femme et ses enfants, debout à ses côtés, levèrent alors les bras vers le ciel et entonnèrent le chant de louange.
Le vent, jusque là imperceptible, se renforça soudain au nord-ouest. C’était le signal. D’un geste rapide, le chef vida la préparation sur le feu et se releva.
Au loin, les volutes d’un feu de camp s’élevaient doucement avant d’être emportées par les alizés. Plus près d’eux, un maki intrigué les observait tout en dégustant une mangue.
Mais rien de tout cela ne vint distraire la Tribu.
Chacun maintenant, les yeux fermés, emplissait ses poumons de la vapeur âcre qui s’échappait du feu. Alors la magie prit possession de tout leur être ; ivres des éléments, ils devinrent l’infime lien, la fragile passerelle entre l’animal et l’Esprit…
Portée par le vent, la joie de leurs retrouvailles traversa le bras de mer, survola longtemps la " Grande Terre Noire ", Mère de tous les ancêtres et pourtant si bafouée, humiliée, torturée…
Une autre mer encore, celle où se jette le fleuve Kwalé et la "Terre du Nord ", enfin !
Cette terre que la Tribu avait quittée pour explorer le monde, à la recherche de nouveaux troupeaux, d’hivers moins froids, de fruits plus sucrés.
Cette terre où d’autres Tribus étaient restées mais avec lesquelles ils avaient partagé la chaleur du feu, la bombance de la chasse, l’ivresse de la boisson et du cœur !
Et quand le vent du sud-est arriva, chaud et humide dans la nuit hivernale du Nord, un des chefs était dehors. Il scrutait le ciel et attendait le signal. Quand la douceur de la brise caressa son visage, il sut. Il ferma les yeux, étendit ses bras, les paumes offertes aux étoiles. Dans sa main ouverte, il sentit la douce chaleur d’un corps céleste se poser, délicatement.
Il ouvrit les yeux et découvrit alors une petite graine qu’il ne connaissait pas, ronde et plate. Sans crainte, il la porta à la bouche. Tout d’abord, il reconnut le goût de la fumée, mais bien vite il fut surpris par le feu qui envahissait sa bouche et crut un instant que sa langue brûlait vraiment !
Mais le chef, habitué au feu de la guerre, inspira profondément plusieurs fois et retrouva son calme. Tandis que l’air frais lui rafraîchissait la gorge, il tressaillit à la vision de ses amis, là, juste devant lui !
Loin, très loin après la "Grande Terre Noire ", ils lui souriaient, éclatants de lumière !
Son cœur alors se remplit de joie, car il savait maintenant,
que la Tribu enfin, était réunie …