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Chronique au coeur et autour d'une île africaine, musulmane et française. Si, si, elle existe, et elle se mérite. Direction l'Océan Indien.

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L'hôpital qui se fout de la charité

Plusieurs médecins en poste à Mayotte nous ont fait part de leur dépit devant l’évolution de l’organisation des soins.
Avant notre départ en 2003, tous les patients étaient reçus gratuitement à l’Hôpital de Mamoudzou, dans une perspective humanitaire. Depuis, la population locale et les services préfectoraux organisent la lutte contre l’immigration clandestine.

Cela se traduit sur le terrain par l’impossibilité d’inscrire à l’école des enfants en situation irrégulière, puisque cela dépend de l’autorité des maires décidés (sauf un) à appliquer strictement les directives nationales du ministère de l’Intérieur. Les fonctionnaires qui, dans un élan humanitaire souvent sincère, seraient pris en employant illégalement du personnel comorien, sont les premiers visés par la Direction du Travail qui a officiellement averti les Mzoungous de sanctions exemplaires. Plusieurs de nos amis dans ce cas ne parviennent pas à déclarer légalement leur salarié.

Dans le domaine médical, un accouchement coûte 300 euros (non remboursés aux étrangers sans Sécurité sociale), une visite médicale 15 euros, et les soins sont payants. Même si certains médecins, en vertu du serment d’Hippocrate, souhaitent intervenir gratuitement au sein de l’Hôpital public, les filtres mahorais (infirmières, secrétaires…) déboutent les patients non affiliés à la toute nouvelle Sécurité sociale mahoraise. Les quelques médecins fidèles aux anciennes dispositions rencontrent le plus grand mal à soigner les plus démunis. Il a fallu attendre (si peu) les premiers drames fatals pour qu’un assouplissement de la réglementation intervienne en permettant la gratuité des soins dans les cas d’urgence.
Résultat : lorsqu’un patient étranger se présente à l’hôpital sans le sou, il est repoussé à « l’ accueil ». Il n’est admis quelques jours plus tard que si santé devient alarmante et que si sa situation exige une intervention chirurgicale ou des soins de toute urgence. Certains ont dû être amputés à cause de soins tardifs, une mère a perdu deux de ses nouveaux nés et n’avait pas 15 euros pour soigner le dernier survivant de son triplé…

Encore la procédure administrative est-elle complexe, histoire de décourager les Comoriens en situation irrégulière.

Ces médecins ont perdu en grande partie le sens de leur présence à Mayotte. Parallèlement, certains services ferment et, avec l’approche de la départementalisation, le nouveau personnel métropolitain ne bénéficie plus du statut financier des expatriés tout en devant exercer dans des conditions de plus en plus difficiles.

Bien sûr, le discours officiel présente un embryon de coopération régionale pour endiguer la venue massive de clandestins. Une maternité vient d’être ouverte par la France à Anjouan et des formateurs de l’IFM de Mayotte sont allés épauler leur homologues comoriens. Des subventions sont offertes aux Anjouanais pour développer leur agriculture qui pourra exporter ses produits vers Mayotte. L’île est passée. de 130 000 habitants estimés en 2003 à une fourchette de 160 à 200 000 habitants aujourd’hui. La natalité et surtout l’immigration clandestine en sont les piliers. La gestion de cet accroissement démographique considérable pose effectivement des contraintes structurelles énormes et génère des besoins exponentiels dans la santé, l’éducation, la gestion des ressources naturelles et des énergies.

Mais dans chaque quartier se cache un Cachan, à commencer devant notre varangue. Que vont devenir toutes ces légions d’étrangers déjà présents sur le sol mahorais ? Quel est leur avenir quand rien ne laisse présager qu’ils retourneront sur leur île d’origine avant l’avènement d’une hypothétique stabilité politico-économique ?

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